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sábado, 19 de diciembre de 2015

"Happythankyoumoreplease"


How I Met Josh Radnor.
C'est inévitable le parallélisme entre Zach Braff et Josh Radnor: tous les deux proviennent de séries de comédie (Braff de la détraquée Scrubs et Radnor de la sitcom How I Met your Mother) et tous les deux osent réaliser, faire le scénario et jouer le rôle principal dans leur propre film (le premier en 2004 avec Garden State et le second en 2011 avec HappyThankYouMorePlease), mais pendant que Braff signait un film remarquable avec ses choses de martiens, Radnor ajuste moins avec son film d'airs intimistes.

Le problème, c'est pas le pari pour un style visuel proche du cinéma indépendant (un format évident pour résulter mûr après venir de la comédie), mais le manque d'un tableau émouvant qui entre en contact avec le spectateur.

Cela narre la vie de New-yorkais différents d'une trentaine d'ans (un écrivain qui considère normal d'enlever/adopter un enfant perdu, une serveuse, une fille avec de l'alopécie et un couple) et leurs relations amoureuses désastreuses. Mais le scénario, en dépit de quelque réponse ingénieuse et deux étincelles intéressantes, marche sans attirer beaucoup l'attention. À tel point que pas tous les personnages intéressent suffisamment. Et quand on a une distribution chorale et au milieu du métrage ça, c'est égal ce qu'il arrive à la plupart des personnages, quelque chose grince et on gaffe irrémédiablement.

Josh Radnor, le père absolu du nourrisson, en dépit des bonnes intentions (il les a et on les remarque, il y a certaine douceur omniprésente) ne réussit pas à injecter à l'œuvre ce «quelque chose» spécial qui la ferait remarquer.

Dans son long-métrage suivant peut-être qu'il pourra démontrer qu'il a quelque chose d'important à dire, bien que la seule chose qu'on y voit claire pour l'instant soit qu'il en a envie.

martes, 13 de octubre de 2015

"Horns"

Le deuxième roman du fils moins gros de Stephen King; supérieur au premier, Heart-Shaped Box, quoique inférieur à 20th Century Ghosts, sa collection de contes. Il part d'une idée intéressante: après une nuit de cuite, le protagoniste se réveille avec deux cornes naissants sur le front et le pouvoir d'obliger le prochain à avouer ses pensées les plus obscures. À partir de là-bas, l'histoire glisse assez des mains de Hill au sujet de la transformation du personnage et le lecteur se balance sur le coup du rire léger, mais si on tient compte que celui qui écrit cela l'a lu d'un trait dans une nuit d'insomnie, on peut affirmer qu'il s'agit d'un roman agréable, léger et qu'il accomplit sa fonction. Et Joe Hill écrit bien. Il n'écrit pas bien dans le sens de lier vingt subordonnées sans que le récit se graisse à l'excès et qu'il conduise le lecteur du point A au C sans passer par B, mais par H, W et R à la manière de Jonathan Franzen. Ou dans celui de débiter des phrases sèches et cassantes avec de la maîtrise à celle de Chuck Palahniuk, on n'a pas beau sortir la comparaison de littérature nord-américaine moderne. Ce que je veux dire, c'est que, avec l'excuse d'une histoire d'horreur surnaturelle avec le psychokiller antagoniste et le protagoniste qui obtient des pouvoirs, c'est une histoire d'amour ravissante et constante au-delà de la mort ce qu'il finit par raconter. Roman distrayant et recommandable, malgré l'édition remplie d'erreurs orthotypographiques (aussi bien le traducteur comme le correcteur, s'il y en avait, de ça, j'en ai eu des doutes, doivent ne pas connaître la grammaire) et la couverture avec des brillantines.

martes, 21 de abril de 2015

Fernando Savater: Inactuel


Des langues en lesquelles je suis capable de lire, mon préférée, c'est le français et dans cette langue, les essais philosophiques. Cette année, j'ai lu Présentation de ma philosophie du grand Marcel Conche, peut-être le philosophe le plus purement tel encore vivant: didactique, métaphysique et terriblement sérieux (personne n'est parfait). Aussi le beau L'intuition de l'instant, d'un de mes affectionnés d'autrefois, Gaston Bachelard, que comme il écrit bien il peut être lu quand la plupart de ses contemporains existentialistes ou marxistes résultent indigérables: là il traite du seul sujet qui ne peut pas être démodé, le temps. En italien, que je connais mal mais je m'amuse en décodant, Leopardi de Pietro Citati, une biographie et interprétation du prince intellectuel de Recanati. L'anglais, c'est le meilleur pour le roman et voilà j'ai lu Science-Fiction Classics. The Stories That Morphed into Movies, une anthologie préparée par Forrest J. Ackerman des principaux récits de science-fiction qui ont fini par être des films remarqués du genre, comme The Skrinking Man ou Dr. Cyclops. Pure plaisir. Et en espagnol, La fase del rubí de Pilar Pedraza, un de peu de romans qui me restaient à connaître de ma romancière préférée en cette langue, et Relámpagos, la dernière collection d'aphorismes du maître du genre, Ramón Eder.

Le reste, comme quelqu'un a dit à la fin d'une autre pièce célèbre, c'est du silence.

jueves, 11 de diciembre de 2014

Manuel de guerre nocturne

Ni celle de Cent Ans. Ni celle du Viêt Nam. Même pas celle des audiences télévisuelles. Avec beaucoup de différence, la guerre la plus sanglante que l'homme moyen assemblé peut supporter, c'est celle qu'il livre toutes les nuits pour maintenir son endroit du lit.

Pas tous survivent, à vrai dire. Et pour entreprendre cette bataille sous certaines garanties de victoire, rien de mieux que suivre les conseils de ce manuel de campagne que je vous fournis, oh, mes pauvres doudous.

1. Un bon déploiement initial est fondamental. Les officiers rompus à mille et une bagarres nocturnes savent que la meilleure posture se passe toujours en se plaçant de côté et en diagonale. Pour ça, la tactique de choix, c'est celle de blottir le visage amoureusement sur l'épaule de l'ennemi, juste au début du combat. Résultat? Tu occuperas presque tout le champ de bataille du commencement et ton ennemi aura du mal à manœuvrer. Ça, c'est une tactique gagnante et fondamentale en toute bataille pour l'Épéda appréciant.

2. Continue à bien déployer ton armée. Observe ton corps. Analyse-le. Tu es grand? Profite de la zone de l'arrière-garde: les genoux et les pieds sont tes meilleures armes. Tu as trop de kilos? Alors joue avec le facteur intimidation. Ton ennemi s'occupera beaucoup de s'interposer devant tes balancements involontaires (ou bien il croit). Les maigres comptent avec la toujours effective tactique de la sangsue: se glisser sur les draps par chaque espace vide qu'ils trouvent et utiliser leurs affilées articulations en guise de mitrailleuse. Même les petits petits peuvent en tirer parti, car ils se replient avec de la facilité au bord et ils peuvent planifier leur stratégie suivante avec de la tranquillité, au son des ronflements d'un ennemi trop confiant.

3. Ne fais jamais ton deuil d'une place. Sans doute, la guerre qu'on livre la nuit pour chaque empan du viscoélastique, c'est une guerre d'usure. Si, par exemple, ton bras résiste à peine sur la petite partie de matelas qui reste à côté de ton flanc droit et tu reçois de manière inattendue une nouvelle charge de ce coude pointu, essaie de contre-attaquer avec la stratégie la plus sale qui te vienne à l'esprit. Élever le bras -comme en faisant penser que tu acceptes soumisement ta défaite- au niveau de ton front et le laisser distraitement tomber sur la tête de l'ennemi peut lui faire reculer. Tirer innocemment de l'édredon vers le haut avec l'intention de se couvrir n'a pas l'habitude de lever les soupçons, et ça te permet de placer, avec un habile mouvement ondulant, une moelleuse et ravissante barrière qui te protégera d'attaques futurs (ça requiert de l'expérience). En tout cas, jamais n'arrête de lutter. Utilise tous les moyens à ta portée, bats-toi pour chaque empan de terrain. Est-ce que tu as déjà entendu parler de la guerre de tranchées? Bien, ça, c'est la même chose mais en blanc satin.

4. Les multiples sales coups dont le combattant peut faire objet pendant toute la nuit mérite une mention à part. "Tu m'amènes de l'eau?", "On entend un bruit en bas", "Tu as fermé à clef?" ou "Ouvre la porte au chat, mon chou" sont quelques-uns des plus courants, mais il y en a beaucoup plus. Ils poursuivent tous la même chose: t'arracher ton endroit du lit dans le bref laps de temps où tu, noble guerrier, mènes les tâches confiées à bien. Tu reviendras fréquemment avec, disons, le fichu chargeur du portable -oublié dans le salon, ha!- et tu te trouveras qu'elle, elle s'est étripée dans ton endroit du lit, elle se sera endormie et toi, tu devras brancher le portable à tâtons. Et en plus, tu feras du bruit et tu recevras une admonestation sévère -car, de la Convention de Genève, le bruit se considère une arme encore pire que les bombes de racisme à la guerre des lits de 1,35.

5. Si tout l'antérieur échoue, aie recours à la tactique suivante. Indépendamment du point de la bataille où vous vous trouviez, glisse-toi doucement sous les draps. Baisse-lui la culotte, lentement ou d'un indolent trait (ça dépend: connais ton ennemi). Commence à lui donner des petits baisers -comme des battement d'ailes- sur les cuisses et, au bout d'un instant, mets-lui la langue dans le con. Emploie-toi à fond. Si tu vérifies en peu de temps qu'elle se redresse et elle vient à ton endroit du lit avec les yeux entrebâillés, c'est que tu as bien manœuvré. Faites l'amour. Prenez-vous fort par les mans, détrempez le champ de bataille de sueur. Fermez les yeux et criez beaucoup. Reprenez haleine entre des baisers sonores et des projets euphoriques pour le futur, comme acheter une maison plus grande. Riez. Embrassez-vous. Dis-lui que tu l'aimes et elle t'avouera -ha- que tu baises encore très bien. Elle se levera pour aller à la salle de bains et te dira qu'elle revient tout de suite avec toi. Regarde à la dérobée vers la porte, qui jette un petit filet de lumière. Dépêche-toi et blottis-toi de côté et en diagonale.


miércoles, 21 de mayo de 2014

Je demande pardon pour avoir vécu au-dessus de mes possibilités

Je demande pardon pour avoir vécu au-dessus de mes possibilités, gaiement, à la légère, sans m'arrêter à penser un instant que mon téméraire comportement contribuerait à l'hécatombe économique et social de ce pays des ans plus tard.

Je demande pardon pour avoir étudié, pour avoir osé au moins rêver que, dans l'avenir, je pourrais avoir un travail meilleur que celui de mon père, un enfant de l'Après-guerre et mécanicien sans vocation à l'ancien Renault. Je demande pardon pour avoir gaspillé cents d'euros en des inscriptions, des livres, des stylos et des feuilles. Et pour avoir gaspillé les cinq euros que ma mère me donnait pour le sandwich, qui devrait avoir toujours été de fromage et jamais, jamais (mon Dieu, quelle honte) de jambon.

Je demande pardon pour avoir prétendu travailler à quelque chose de vaguement en relation avec mes études ou, au moins, au minimum qualifié pour que cinq années à base de sandwichs de fromage et de jambon (je serre le cilice à nouveau) avaient valu la peine. Que de possibilités de vivre de façon en accord avec mes possibilités j'ai gaspillé! Télé-operateur! Enquêteur! Distributeur de publicité d'académies d'anglais! Mettre des lettres dans des enveloppes! J'ai eu, ciel, mon propre avenir dans mes mains et je l'ai méprisé en une extase justifiable de fierté, en pensant que ces nobles activités étaient des travaux temporaires! Je demande pardon (je tape maintenant à genoux, en regardant le mur) pour croire que je méritais quelque chose de meilleur.

Je demande pardon pour avoir couvert mon corps avec des vêtements. Pardonnez-moi, je vous en prie, pour chaque euro inversé en H&M. Pourquoi est-ce que je n'ai pas porté des ponchos? Un poncho, c'est élégant, digne et tout compatible avec mes possibilités. On prend un drap, on lui fait un trou pour la tête et c'est tout. Je pourrais avoir teint d'une couleur celui du dimanche, même la racaille doit se permettre la coquetterie de temps en temps. Mais… des tee-shirts? Des jeans? Des blousons? Et (oh, Dieu, apitoie-toi sur moi) un manteau tous les deux hivers? Mais qui est-ce que j'ai cru que j'étais? Un marquis? Un footballeur? Un commentateur d'un magazine d'information? J'enfonce maintenant le cotre dans mon avant-bras et je contemple le couler du sang, parce que n'importe quelle souffrance, c'est peu pour racheter telle bassesse.

Je demande pardon, je demande pardon et je demande pardon. Et j'accepterai n'importe quel châtiment que les marchés veuillent m'administrer dans ces jours de justice implacable. Je demande pardon pour avoir eu un ordinateur de gamme moyenne, pour avoir demandé ce verre d'importation au mariage de mon beau-frère, pour avoir invité à dîner en VIP la fille que j'aimais bien (il faut mériter même le 2x1 des Nuits Folles) et pour avoir demandé un prêt pour étudier un mastère, pour avoir acheté ce matelas viscoélastique et pas celui de ressorts de fer, qui est celui qui est à ceux de ma race; je demande pardon pour avoir vécu, de temps en temps, modérément insouciant, pour ne pas avoir pensé, sans repos, du jour à la nuit, à l'avenir; pour avoir lu de la poésie, et pas des livres d'économie; pour avoir aimé, ri; et pour avoir enduré la terrible maladie de l'illusion.

Et c'est que, maintenant que je le pense, maintenant que je regarde les informations et je lis les derniers analyses de la récession et les conséquences que les gaspilleurs comme moi, avec toute justice, allons endurer, je me rends compte que je n'ai pas vécu au-dessus de mes possibilités, mais à l'atmosphère, à la stratosphère, au chiant saut à l'hyperespace de mes possibilités…

Je n'en avais pas aucune!