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domingo, 15 de abril de 2018

Étiquette pop

Pop naïf, twee pop, morning-singer pop… C'est allergique que je suis aux étiquettes, la première d'elles m'irrite pour la facilité avec laquelle on l'accroche, surtout, des personnes qui n'écoutent pas de musique au-delà des années 70, époque où ces pépés radoteurs aigris ont eu leurs premiers petits-enfants. Je vais sommairement réviser certains groupes que j'ai écoutés à un moment donné qui assumaient cette tare, en séparant quelques-uns de totalement indispensables de découvertes surprenantes. 

Bande son de Super Ñoño

Ce type de musique que seulement le personnage de La hora chanante considérerait épique. Dans cette catégorie, des thèmes et des groupes rentrent, oui, peut-être qu'ils te feront te balancer au rythme de leurs chansons, mais la plupart d'entre eux sont collants et lourds jusqu'à ce qu'on dit « ça suffit, arrêtez, pour l'amour de Dieu ! ». Je citerai, par exemple, Los Fresones Rebeldes, un groupe des années 90 avec un nom qui, d'emblée, ne te fait pas supposer que tu es devant une formation musicale sérieuse. Son succès le plus grand, Al amanecer, compte sur des strophes de grande portée émotionnelle, comme celle-ci :
Es que si estás cerca me siento mejor,
desde que te conozco estoy mucho mejor.
Sé que puedo amarte todavía mejor,
quiero que me ayudes con la respiración.
…Mejor, …mejor, …mejor, … argh ! La grande erreur est de penser que si ce sont des mélodies naïves, gaies et lumineuses, les paroles doivent être faciles, et oui, là « faciles » est un euphémisme pour « simples », « débiles ». Mais on peut composer des thèmes qui ont un petit peu plus de substance ou même autocritique. Un des grands espoirs du pop patriotique des derniers temps, Rusos Blancos, il a des chansons très amusantes, comme Carrera de lesbianas ou, par exemple, Supermodelo (trending topic sur Twitter il y a quelques jours) :
Esas chicas indis,
que bailan sin mover los pies.
Con sus sonrisas tristes que no te dejan ver,
que no cuidarán de ti,
que no te harán feliz.
Quelqu'un devait le dire, parce que ceci, c'est comme ça.

Des critiques corrosives, mine de rien

Un phénomène curieux arrive avec un de ces groupes d'apparence et voix inoffensives : dès que les premiers accords sonnent dans un bar, ils déclenchent l'euphorie, en favorisant de petits cercles pour réciter le refrain et en générant de hauts niveaux d'exaltation de l'amitié pas difficiles à atteindre, par ailleurs, à certaines heures du soir. Ils sont pratiquement des hymnes générationnels qui renferment des critiques dures à la société et elles sont chantées à grands cris comme déclaration de principes. Dans cette catégorie, des formations musicales comme Los Punsetes et La Costa Brava entrent. Des premiers, j'écris un passage d'un de leurs grands hits, Tus amigos :
Que le den pol culo a tus amigos.
Pasa de ellos y ven conmigo.
Tu trabajo me toca las pelotas.
Conmigo ya tienes de sobra.
Des vérités de leurs propres mains et une correction à la totalité des priorités de la majorité des mortels. Quant à La Costa Brava, sur son Adoro a las pijas de mi ciudad, il distille une des ironies des plus cruelles, en soulignant avec goguenardise les vertus de l'existence superficielle des gamines jeunes et riches :
Su estilo de vida tan convencional
me produce tanta envidia.
Incluso el más cínico puede apreciar
la belleza de las cosas simples.
Un discours moral qu'ils achèvent avec des thèmes comme El cumpleaños de Ronaldo (R9, pas CR7), où ils prétendument consolent certain mannequin qui a souffert une infidélité (bon, ou plusieurs) dans cet événement. Géniaux.
Surprendre, c'est facile, si on sait comment
C'est mon style favori dans ces sous-catégories. J'aime bien tomber sur des paroles qui défient toute logique, soit pour l'absurde et fantaisiste de leur proposition, pour la double lecture des chansons, soit parce qu'elles racontent des histoires qu'on n'a pas l'habitude d'écouter au milieu d'une mélodie.

Mecano a publié des chansons comme Hoy no me puedo levantar qui pourraient bien entrer dans le premier paragraphe que j'ai antérieurement commenté, mais ils ont aussi accouché des extravagances comme Focas :

Focas, son el nuevo imperio.
Focas, tómatelo en serio.
Focas, dominando el mundo. Oooouoooh.
Focas, que se han hecho abrigos.
Focas, con piel de nativo.
Focas, ten cuidado amigo.
Et il ne s'agit pas d'un soutien subliminal à l'anorexie, mais qu'elle contait une hégémonie mondiale présumée des phoques, ces gros mammifères, avec de la moustache. Et des nageoires.
Le monde obscur des 80 nous apportait aussi une maquette exquise (que le grand DJ Patrullero m'a découvert il y a quelques mois) du groupe Ataque de Caspa, où la très originale Viaje a Egipto se trouvait :
Siempre me interesó la entomología,
pero fue en mi viaje a Egipto
cuando descubrí el papiro de Saqqara.
Sus revelaciones sobre el culto al escarabajo,
me lanzaron a furiosos estudios entomológicos.
Mes connaissances musicales ne sont pas encyclopédiques, mais je vais m'asseoir sur la chaise de généraliser et je dirai qu'entomología, Saqqara et papiro sont des mots que personne n'a jamais osé enchaîner dans aucune chanson. Et dans leur thème La pesca ils nous surprenaient avec plus d'ingéniosité :
Supongamos por ejemplo
que una galerna destroza una parte importante
de la flota de bajura del Cantábrico.
¿Cuál será el efecto sobre el mercado de sardinas,
la destrucción de parte de los barcos?
Je n'imagine pas Leonard Cohen en posant ouvertement ces problèmes épineux de microéconomie, à vrai dire. Je ne suis pas le seul qui a été bouche bée avec la maquette, parce qu'un vinyle avec des versions d'Ataque de Caspa à la charge de Los Punsetes, Linda Mirada, Triángulo de Amor Bizarro et Kaus&Kinski va prochainement être publié. Si je commentais avant mon aversion aux étiquettes, précisément ce dernier (qui est un de mes favoris à l'heure actuelle) a l'honneur douteux d'être le groupe qu'on a ajouté le plus de petites notes à ses thèmes: boléro, paso doble, folk, bossa nova, shoe gaze... Ils sont une sorte de Stanley Kubrick musical, expérimentant avec chacun des aspects musicaux et leur donnant sa touche personnelle. Une Mengele y el amor inquiétante et politiquement très incorrecte —selon comment on interprète les paroles— sert d'exemple.
Me gustaría probar sobre tu tersa piel
el efecto fatal de un potente abrasador,
que gota a gota de mi pecho brota orgulloso por la sed
de entrar a tu cuerpo a poseer tu íntima desnudez.
Y si prefieres aún te puedo inyectar lo que tú y yo sabemos,
puedo hacer de tu cuerpo un estuche de cristal.
Brr… qu'on n'attrape pas Nacho Vigalondo en fredonnant ce thème et lui demande « comment s'intitule-t-elle, cette chanson tellement cool ? »

lunes, 19 de diciembre de 2016

Démocratie réelle maintenant !

Place de Catalogne, Barcelone
Dimanche dernier, le 15 de mai, quelque chose est arrivé à Madrid. Il semblait une minutie, une bêtise; réunion de punks à chiens qu'on a dissous comme d'habitude. Remarquez combien la chose a été insignifiante, que le jour suivant, c'était très difficile de trouver une seule référence dans la presse écrite; dans l'édition en papier d'El Mundo, par exemple, on n'y a pas même consacré une seule ligne.
Madrid


Sur les réseaux sociaux, en revanche, le sujet brûlait. Trending topic à niveau international. Et, bien sûr, sur les réseaux sociaux, c'est où il faut chercher le germe de tout ce qu'il se passe. Le mouvement ¡Democracia real ya! est né sur internet héritier de, entre autres, la plate-forme #NoLesVotes. Avec un manifeste assez clair et des propositions pas du tout tirées par les cheveux: égalité, solidarité, droit au logement, à la santé, à l'éducation... lisez, lisez. Les devises, le manifeste, ils ne cherchaient pas à être particuliers. Justement pour rassembler le nombre le plus grand possible de personnes.

Comme je vous disais, des réseaux sociaux, ça est entamé et ça s'y est étendu. Ce qui a commencé comme une manifestation de refus vers le système politique et économique où nous vivons a entraîné un camping sur la Puerta del Sol de Madrid. Heure après heure, le campement improvisé a commencé à gagner des adeptes et une autre manifestation spontanée a été achevée à 20 heures de lundi 16 mai. Le problème, pour la délégation du Gouvernement et la Police Nationale, c'est que ce n'était plus la manifestation typique de jeunes de gauche qu'ils sont habitués à dissoudre à coups de bâton. Vraiment des gens très jeunes, de classe moyenne, mais qu'ils n'avaient pas l'air de la ville de Vallecas. Des vieilles connaissances appartenantes à plusieurs collectifs avec mille et une batailles sur les dos, minets, hippies, intellos, familles. Oui, des familles; pères, mères, grand-parents. Une représentation de tout Madrid, et bien. La chose était vraiment comme ça et deux jours après même Carlos Fabra se joignait, pas corps mais âme, à la manifestation. Et, bien sûr, tout à coup la police ne savait pas quoi faire. Plutôt les chargés de dire à la police ce qu'ils doivent faire, ils ne savaient pas quoi faire. Vous imaginez le visage de Rubalcaba si, dans ces temps de smartphones, la police prend tout et des vidéos sur YouTube de membres de l'Unité d'Intervention Policière (les antiémeutes de toujours) en emportant les gens qui poussent des poussettes de bébé apparaissent ? À moins d'une semaine des élections ? No way. Donc on a opté pour attendre que la nuit arrivait et, la nuit et en traître, ils ont délogé les campés un par un. Problème ? Les fichus gens sont têtus et ils décident d'y rentrer. En plus, il semble que, loin de dissuader, les actions policières ont encouragé plus de monde à s'y joindre.


Santander
Le campement a crû. La manifestation des 20 heures, déjà établie avec périodicité, a crû. Et le Conseil Électoral de Madrid est arrivé et il a interdit le rassemblement au kilomètre zéro parce que « la manifestación puede afectar a la campaña electoral ». Y manquait plus que celui-là.


Bien sûr que ça peut affecter, alors ? Nous devons nous boner aux effets produits par des meetings et des conférences de presse sans questions de partis poliques ? Des partis politiques qui, dans cette campagne, débutent une loi qui octroie le temps aux média proportionnel aux résultats obtenus dans les dernières élections. C'est-à-dire, on écoutera de plus en plus le grand et on ferme la bouche du petit. En fin de compte, pour les personnes politiques ça va bien que nous les citoyens votions tous les quatre années et le reste du temps que nous étions tus et que nous voyions le football. Mais il paraît que les citoyens n'y sont pas d'acord et le rassemblement de Sol a continué à croître. Pas seulement ça: dans des autres villes de l'Espagne, le phénomène a commencé à se répéter. Et il semble qu'au delà de nos frontières aussi.

Et les média ? Donc désespérés. Si, au début, ils n'ont pas donné d'importance au sujet parce que la mode était Bildu pour les uns, une récupération hypothétique du PSOE pour les autres, ils se sont enfin rendus compte que pas un chat leur faisait attention et que ce qui vend maintenant des journaux, c'est ce qui se passe sur les places de la géographie espagnole. De cette sorte, maintenant oui; des unes, débats, éditoriaux, ce qu'il faut. Le problème, pour eux, c'est que c'est un mouvement qui n'a pas de chef visible, ce qui rend les journalistes fous. On recueille les propositions de n'importe qui passe par là-bas et qui remplisse un papier. N'importe qui. Après, ces propositions sont regroupées par plusieurs sujets en cherchant d'harmoniser des messages semblables. À la suite de ces sujets, on établit des commissions de plusieurs sortes: sociale, immigration, infrastructures, juridique, communication... et elles essaient que, à l'extérieur, seulement les trente-six porte-paroles existants ne soient la voix officielle du rassemblement. À tours rotatifs et en essayant que les visages ne se répétent pas trop. Et tout le travail des comissions débouche sur des assemblées publiques horizontales, où on expose d'abord tout le travail réalisé et après tout le monde peut intervenir à son tour de parole.
Seville


Les partis politiques essaient de capitaliser le mouvement, mais pour le moment ils ne l'ont pas réussi. Même si on ne tient pas le mouvement pour apolitique, il se déclare vraiment et ouvertement non-partisan. On a rejeté la collaboration de n'importe quel syndicat. On a reçu des appels de plusieurs personnes politiques (Pepe Blanco et Rosa Díez entre autres) et on a aimablement décliné leurs propositions de collaboration.

Aujourd'hui le Conseil Électoral Central a lancé un défi aux différents rassemblements en déclarant illégal n'importe quel type de manifestation pendant le silence électoral préalable aux élections. Le Tribunal Constitutionnel a soutenu en 2010 la possibilité de réaliser des rassemblements dans cette classe de jours si la possibilité d'influer sur l'électorat est minime. Du premier moment, dans les assemblées, on a dit très clairement qu'on ne demande pas le vote pour ni contre aucun parti politique. Comme j'ai déjà dit, elles se considèrent « non-partisanes ». Et dans ces moments, on cherche des formules pour manifester le mécontent social le lendemain.

En parlant maintenant pour ma génération, nous sommes des jeunes qui sont nés dans une société individualiste et consommatrice et qui, tout à coup, se voient plongés dans une expérience en voie de disparition; la force collective à propos du souhait de changement. Les idées qu'on écoute sur la Puerta del Sol sont beaucoup, peut-être trop, mais il y a quelque chose de latent sous toutes elles: souhait de répartition d'oportunités économiques et plus grande participation de la part de tous. Démocratie réelle, et bien.
Barcelone

sábado, 10 de diciembre de 2016

Radiographie d'un photogramme: « Once upon a time in the West »

Le regard du mal
Une famille innocente a été massacrée à coups de feu et seulement un petit enfant a survécu. Plusieurs hommes, engainés dans longs manteaux et dont des visages on ne peut pas voir, s'adressent à lui disposés à finir leur travail. Le gamin —immobilisé par la terreur et avec des larmes en se battant pour surgir de ses yeux— les voit se rapprocher sous les accords lugubres de la bande son saisissante. C'est la fin des années 60 et rarement on a vu une séquence tellement cruelle au cinéma: est-ce qu'ils seront réellement capables de montrer l'assassinat d'un pauvre enfant à l'écran ? Le public commence à imaginer les traits, encore pas clairement montrés, du leader sanguinaire de la bande. Ce sera certainement un individu de laideur presque monstrueuse avec quelques traits physiques étranges qui symbolisent sa méchanceté intérieure ineffable.

« Jesus Christ, it's Henry Fonda! », comme ceci le propre Fonda résumait l'impression profonde que les spectateurs subissaient quand la caméra tournait sur le leader sadique des assassins et pouvaient voir le visage de l'acteur qui, depuis toujours, avait symbolisé l'honnêteté, la rectitude et les vertus admirables propres du Bon Homme Américain.
Sergio Leone, directeur de Once upon a time in the West, s'était obstiné que Henry Fonda interprétait le scélérat de l'histoire, quelque chose que Fonda lui-même a reconnu ne pas comprendre jusqu'à ce qu'il a vu le film fini. C'est pour ça que l'acteur s'est présenté devant Leone avec l'image qu'il considérait idéale pour interpréter un méchant prototypique: les pattes, le bouc qui modifiait sa mine... et les lentilles foncées pour occulter le bleu ciel de ses yeux; bleu que le public instantanément associait avec la bonté et la candeur d'esprit qui étaient propres à ses rôles habituels. Lorsqu'il a vu Henry Fonda apparaître de cette façon, Leone est devenu frénétique: « What is all this? Remove your contacts! It's your blue eyes that I'm paying for! »
Bien sûr, Leone avait raison. Le propre Fonda s'est senti effrayé lorsqu'il a assisté à la projection du film, en contemplant comment son personnage était présenté: ses yeux bleus n'étaient plus bleu ciel, mais bleu acier. Son visage n'était plus la représentation de la vertu, mais la propre face du mal. Sa voix douce n'était plus la voix de la justice, mais le ton étouffé d'un assassin impitoyable. Même son sourire avait arrêté de paraître naïve, fiable et proche. Dans un échange terrifiant de premiers plans, Henry Fonda souriait de demi côté au petit enfant... l'enfant que le plus noble entre les héros nobles de l'écran était sur le point d'assassiner à coups de feu.

miércoles, 16 de noviembre de 2016

« 青の時代 »

Malgré que le Japonais taré par excellence a laissé un héritage immense, ce qu'on en connaît dans ce pays appartient fondamentalement à sa dernière époque. Par chance, cela est en train de changer et, dans ce cas, Cátedra a récupéré un des travaux du  三島由 le plus jeune, où on a du mal à percevoir le germe de ce qui, plus tard, finirait par être l'objectif fondamental de son œuvre —c'est-à-dire, le nationalisme, la pureté, le rite de la mort, se photographier nu plein de flèches et se faire très plaisir en pensant au seppuku—. Celle-ci est une œuvre pas transcendant mais intéressant où le protagoniste est un jeune homme qui, au Japon d'après-guerre, abandonne ses études pour faire des arnaques à travers un système pyramidal. Cette perte de valeurs, qui est le message principal, est en partie justifiée à cause de l'époque convulsée et folle où il lui faut vivre unie à la conscience sociale particulière (et faible) dont le protagoniste fait étage, qui, tout à fait, théorise d'appliquer un modèle de fer mathématique au système judiciaire, qui se poile de son cousin —qui l'aime et respecte— en sa putain de face. Toute cette critique, néanmoins, est parsemée de scènes quasi comiques ou, au moins, revêtues de certain pathétisme drôle qui servent de contrepoint subtil à l'intrigue. Une très bonne approche à l'œuvre du premier 三島由.

domingo, 23 de octubre de 2016

Restaurant Naomi

Rue d'Ávila, 14 (Madrid) – Tél : 91 572 93 04

C'est difficile de remarquer Naomi si l'on n'est pas mis en garde sur sa grandeur, soit pour les grandes voix de la haute cuisine, comprenons par ça ce qu'on veuille ou ce qu'on nous veuille vendre, soit pour le bruit au niveau de la rue qui, généralement, démontre beaucoup plus de perspicacité au moment de localiser des temples culinaires pour bien manger et point final. Mais une fois, tous les deux ont raison.

En touchant le Tetuán le plus profond, un quartier dont les restaurants fuient au fur et à mesure qu'ils prospèrent et trouvent nécessaire de se donner une patine de respectabilité en s'en remettant à la jungle entrepreneuriale du rivage Occidental de la Castellana, le Naomi ne détonne pas avec l'entourage et il est très loin du luxe qu'on a l'habitude d'associer aux restaurants japonais de qualité. Une entrée étroite, où celui qui veuille peut se déchausser. Huit tables, trois d'entre elles japonaises, un bar derrière lequel le sushi-man s'y efforce avec l'air torve qu'on associe irréfléchiment à 東條, 山本 ou un autre shogun de mauvaise langue, et une ensemble de chats mécaniques en faisant cette sorte de signe à l'Internationale qui nous fait dresser les cheveux sur la tête des esprits les plus paranoïaques. C'est tout dont il a besoin pour, depuis plus de trente ans, servir de la nourriture japonaise authentique. Et sur des plats ronds.
Si l'on se concentre sur ce qui est important, on ne va pas être déçu. L'apéritif qui accompagne les bières ne manque pas; un thon cuit qui dit déjà clairement que ceux qui ne partagent pas les idées des cavernes qui louent les vertus du cru pourront aussi bien en jouir. Est-ce que vous avez une connaissance pinailleuse qui pense que le pas évolutif qui sépare le cannibalisme du fait d'manger du poisson cru est difficilement discernable ? Voici des options que vous ne pourrez pas rejeter, entre celles les spécialités du jour. Dans notre cas, des tripes japonaises au piquant minutieusement disposé autre part pour que chacun se torture à volonté, la nôtre est toujours très sûre, et une assiette de foie de lotte à la vapeur avec du navet macéré et des algues qui est devenu une pâte avec un air de foie, mais qui suit (ou précède) les principes basiques de la cuisine moderne où rien ne doit être ce qu'il paraît... regardez, c'est pas de foie ! Donc ça ne bouleverse pas les consciences de ceux qui, comme nous, ont trouvé à la guerre le foie hypertrophié et au boletus une Cause Juste et Sacrée à se sacrifier. Ceux qui considèrent que n'importe quel menu japonais doit inclure son assiette de cru, ils peuvent tranquillement demander le sushi ou sashimi de poissons variés du jour; ils sont très frais et si ravissamment coupés que l'on frémit devant la quantité d'heures de pratique et doigts tranchés qu'il doit nécessairement falloir pour développer cet art. Aussi bons et frais que les assiettes qu'on pourrait prendre au marché de poisson de Tsukiji ? Oui. C'est du poisson cru, et bien. Et à deux pas on a le Marché de Maravillas, ne l'oubliez pas.
En se laissant conseiller par n'importe quelle serveuse, aimables et serviables jusqu'au point d'effrayer les personnalités les plus timides, ou en optant pour une des suggestions manuscrites dans la carte, on peut se trouver jouissant d'un plat de poisson citron sur un fond de riz et des algues que, sans craindre d'exagérer, on peut qualifier comme sublime. Ou de quelques tranches très fines de magret de canard. Pour finir, si on veut dire clairement que l'on est en train de s'initier dans la culture japonaise et décrocher le premier sourire dédaigneux à la serveuse, demandez une soupe miso; si, en revanche, ce qu'on cherche est l'expression maximale de la juste mesure et modération japonaise (ou de l'insipidité,  suivant le cas), jouissez autant que vous pouvez d'une assiette de tofu frit.
Naomi est le plus semblable à une maison de repas de Tokyo qu'on peut trouver à Madrid plusieurs échelons au-dessus du pas moins connu Musashi de la rue de la Coquille. Et lorsqu'on finit, pour compléter une experience de bonheur plein si le jour soit ensoleillé comme si pas, faites une promenade par Tetuán et jouissez de ce Shibuya qu'on a le centre de la capitale. Il y a des commerces, il y a de la foule, il y a du bruit cacophonique et des magasins d'électronique. Il y a des salles de jeu qui n'ont rien à envier aux maisons de pachinko les plus psychotiques. Et si quelqu'un le met en doute parce qu'avoir un temple shintoïste sous la main lui manque, qu'il entre dans une quincaillerie de quartier et demande qu'on lui explique les vertus des écrous autobloquants. Et lévitons.

jueves, 13 de octubre de 2016

Kabuki Wellington

Maintenant que l'Hôtel Reina Victoria de la place de Sainte Ana a échangé les manoletinas, les monteras et les collants de soie rose contre l'esthétique zen, même en échangeant son nom croisé contre le ridicule Me Madrid, il ne reste qu'un hôtel purement taurin dans la ville. On doit pensar quoi au Japon de ce tournant copernicien, c'est quelque chose qu'on n'ose pas demander, mais qu'on peut pressent sans prouver notre clairvoyance à l'excès. Tentez simplement de quantifier la déception que trouver une réplique de la Feria de Séville dans un ryokan du quartier de Gion de Kyoto; pescado frito au lieu de sushi, María del Monte en servant de plusieurs geishas en même temps, rebujito où on voudrait trouver du saké et des images de la Macarena en assombrissant les torii de n'importe quel kami, que ce soit plus grand ou plus petit. On atteint des étendues cosmologiques. On ne sait pas si, lorsque la triste occasion arrive, quelque bastions de la Réaction resterait à Kyoto, mais si l'un reste à Madrid, cela, c'est l'Hôtel Wellington. Aux tableaux de sa cafétéria la densité de têtes avec brillantine et leur population correspondante de gastéropodes occipitaux atteint des niveaux paranormaux; des réunions entre amis qui sont entrées dans l'histoire de la tauromachie, quelques-unes semant des disputes que personne ne sera capable de mettre d'accord pacifiquement ont eu lieu là.

Ricardo Sanz s'est déplacé à son restaurant à l'été de 2007 pour continuer le travail qu'il avait mené à bien dans le restaurant Kabuki situé dans la rue du Président Carmona, encore en pleine marche sous la direction de Mario Payán, disciple de Sanz. Selon qu'il figure sur sa page web, à ses débuts la cuisine de Sanz était « impregnada de tradición española y, sobre todo, madrileña » jusqu'à ce que, après connaître et travailler avec 菊池 正雄, sa conception culinaire a donné « un giro de 360 grados ». On suppose qu'ils sont mesurés en quelques géométries non-euclidienne, peut-être karmique ou similaire, car ce qui sort maintenant des pucheros de Sanz produise probablement de la stupeur entre les crâneurs les plus cosmopolites. Foie de lotte à la vapeur avec ciboulette et sauce ponzu. Perdrix à l'escabèche sucré avec des algues. Rouleau de huitlacoche avec fromage d'Arzúa. Sans doute délicieux, mais un peu distinct au ragoût de poule et aussi à la cuisine purement kaiseki.

« Tenemos una parte de la carta que sí es cocina clásica japonesa y otra que es estilo de cocina Kabuki, una mezcla con productos de otras partes del mundo. »
L'espace que le Kabuki Wellington occupe est ample et tranquille mais pas froid, mais plutôt flegmatique. Un œuf au plat encadré (prix Canal Cocina) et des photos taurines de grand format en blanc et noir apaisent notre esprit intégriste. En plus, par les mains des domestiques qui déjeunent dans la salle avant le tour de midi, une moyenne douzaine de bouteilles de deux litres de Fanta Orange circulent à vitesse quantique. Sanz nous reçoit avec une cordialité clairement innée et nous explique sa passion pour la cuisine orientale avec une calme et une méticulosité presque sédatives. Sans beaucoup d'effort l'un pourrait se convaincre qu'on parle avec Bouddha lui-même.
« Ellos [les Orientaux] fueron quienes inventaron el menú largo, con raciones pequeñas y mucha variedad de productos. Per realmente decir cocina asiática es como decir europea; solo en China hay una variedad inmensa de cocinas. Pero lo que más atrae es que es una comida muy sana, con poca grasa, con gran variedad de productos, de texturas, de sabores... y además es muy urbana, porque como no es pesada, después te permite moverte y trabajar. »
Peut-être que ce soit cela le désir universel pour atteindre l'immortalité, cette négation du fait que chaque jour qui passe on continuera à mourir un peu bien malgré l'état du bien-être, celle qui ait fait que les occidentaux, nous ayons perçu les âges pratiquement géologiques que l'espérance de vie au Japon atteint et, par conséquent, leurs habitudes alimentaires. Et comme ça, le succès de la cuisine japonaise est mondial.
« Los chefs de todo el mundo están fijándose en ese tipo de cocina. Creo que es algo que ha llegado para quedarse, algo inagotable. En España aún estamos muy lejos del bum que se vive en otras partes del mundo, como Londres, por ejemplo, en el que se vende sushi en el metro. Creo que es una tendencia imparable. »
Si ce qu'on cherche, c'est une expérience immaculément japonaise, Sanz nous recommande plusieurs établissements.
« El Naomi, en la calle de Ávila; el Donzoko, en la calle de Echegaray; el Jamatomo, en la calle de la Reina. »
Eux tous représentants très dignes de la cuisine japonaise la plus populaire, mais pourquoi à Madrid on ne peut pas trouver de restaurant japonais de luxe ? Encore une fois, pourquoi à Barcelone on peut (« Pese a no ser exclusivamente japonés, me gusta mucho el Dos palillos ; como restaurante puramente japonés, el Koy Shunka ») et pas à Madrid ? POURQUOI ?
« Estaba el Suntory, en la Castellana, que realmente triunfó. Pero con el paso del tiempo no se pudo mantener. »

Oui, le Suntory a eu du succès, mais les histoires sur ses comptes et l'impossibilité de les solder moyennant des transactions exclusivement monétaires, elles sont déjà légendaires. Est-ce qu'il a été le premier d'une politique prix dont personne n'a voulu se démarquer ?
« Un restaurante japonés nunca puede ser muy barato porque se necesita un pescado muy fresco para hacer suhi o sashimi. »
Poisson pas nécessairement d'origine japonaise, comme n'importe qui avec du bon sens minimum aurait compris avant de formuler une question en relation avec les problèmes de fourniture. Le thon est très frais là et aux flancs du mont Fuji.
« Gran parte del pescado que se consume en Japón es importado de España, y respecto a algunos productos específicos, aquí hay tiendas de alimentación japonesa donde los podemos conseguir sin problemas. »
Un autre des points marquants du Kabuki Wellington, c'est le service de la salle. Peut-être que, si on suit l'immersion dans la culture japonaise qui a commencé en popularisant le sushi, et même avant d'arriver à le voir au métro, un jour les chauffeurs de taxi de Madrid portent des casquettes et des gants blancs et ils se découvrent devant le client telle qu'ils le font à Kyoto. Ou peut-être que les serveurs du Café del Espejo, par exemple, daignent regarder quelqu'un sans intentions criminelles quand on leur sollicite une note dont l'exactitude dans le calcul on a déjà des doutes sérieux, mais d'ici là le Kabuki est un des peu de lieux pour expérimenter ce que Sanz admire autant des restaurants japonais :
« El servicio: la educación, la elegancia, la atención sin caer en el servilismo. »
Malgré cette éducation exquise, on aimerait savoir si, lorsqu'ils se voient affrontés à quelques-uns de ses plats, comme le thon en tataki avec purée à la pomme et à l'olive noire ou les sardines avec pulpe de tomate, pain, huile pressant, salaison et poutargue, ça fait dresser les cheveux sur la tête de ses clients japonais les plus prudents et des expressions qui, sous le point de vue théologique de n'importe quelle religion, y comprise l'Église de la Scientologie, seraient considérées comme des blasphèmes très graves.
« Al japonés le cuesta bastante ir a un restaurante no regentado por japoneses, pero los que se han "atrevido", salen muy satisfechos. »
Certains plus que d'autres ont entendu parler de ces bœufs auxquels on applique des massages tendres sur le ventre et qui boivent de la bière pendant qu'une ensemble de geishas leur déclament des haikus relaxant, où on doit oublier la référence la plus légère au destin qui les attend. Mais en plus de toute cette panoplie mythologique et en tenant compte qu'on sert des plats élaborés avec de la viande originaire d'animaux de cette race à Kabuki, qu'est-ce que le bœuf de Kobe a d'exceptionnel ? 
« Sobre todo la textura. No tanto el sabor, porque otro tipo de bueyes españoles o americanos pueden tener más sabor, pero el de Kobe se deshace en la boca. »
Et, attention, à l'extrémité opposée du raffinement, Sanz avoue être dévot de deux plats qu'il n'a pas osé y introduire, on ne sait pas si par crainte à la réaction de la clientèle ou à éveiller l'appétit vorace et qui sanctionne de l'autorité de la santé compétente.
« La soja fermentada es muy rica en proteínas y a mí me gusta mucho, pero tiene un sabor muy fuerte que entiendo que no sea para todos los paladares. O el calamar podrido. Alguna vez lo he puesto, pero en líneas generales no lo hago. »
À la cafétéria déjà mentionnée La Llave, juste sous le Kabuki Wellington et une part de même de l'hôtel, on peut jouir d'un petit-déjeuner justement célèbre à base du chocolat avec des churros. C'est un des courts fiefs qui nous restent à Madrid où on ne sert pas les churros à des températures glaciales et avec la texture d'une spartiate. Est-ce que Sanz oserait compléter l'offre avec un petit-déjeuner japonais ?
« Sí, ¿por qué no? Udon, sopa de miso... »
On résiste à l'impulsion de répondre à sa question et on essaye de trouver le point faible de la culture gastronomique japonaise. Qu'est-ce qu'on dirait du vin, cette excuse merveilleuse qu'on a cherchée pour occulter l'envie d'altérer notre niveau de conscience sous la masque de nous civiliser ? Est-ce qu'il y a du vin au Japon ? Comment est-ce que la cave splendide qu'il met à disposition du client se combine avec ses plats d'inspiration japonaise différents à Kabuki ?

« Bueno, el sake no deja de ser un vino y tiene muchas variedades para poder hacer el maridaje. Además está la cerveza. Y, aunque ellos no tomen tanto vino, los vinos también van muy bien: los Albariños, los espumosos, la uva Riesling, los Rueda... los blancos y algunos tintos elegantes casan de maravilla. »

Sauf lorsqu'on lui attache un drapeau impérial à la tête, on assoit le Japonais aux commandes d'un Mitsubishi Zero et un porte-avions américain le met à portée du fusil, parfois aussi pendant les brèves secondes qu'un combat de sumo dure, il a l'habitude de fait étalage d'un caractère assez modéré. Curieusement, ils ont adopté le principe grec de la juste mesure beaucoup mieux que les Occidentaux. Est-ce que cet amour pour la modération, c'est l'explication que les desserts soient si décevants ?
« Hasta ahora no han usado las grasas, por lo que basan sus postres más en la gelatina. Pero pese a ello tienen buenos postres, sobre todo estéticamente. »
Un Japonais gourmand; un Irlandais sobre, un Russe aimable. Quels autres préjugé est-ce qu'on devra abandonner ?
On sort du Kabuki quand les premiers clients de la journée sont déjà sur le point d'arriver. À la réception on s'occupe des demandes de réserve pour le même jour, qui sont aimablement rejetées, parfois par Sanz, lui-même. On finit par lui demander sur le shabu shabu, ces tranches très fins de viande bouillie qui causent la fureur pendant les nuits de Tokyo et que, toutefois, on n'a pas sue trouver en Espagne.
« Es complicado porque es un guiso que se hace encima de la mesa, como una fondue muy ligera con verdura, carne setas, fideos... pero es complicado adaptarla aquí. »
C'est dommage. Presque autant que lorsqu'on est quand on sort du Kabuki, on se sépare de la compagnie de Sanz et on s'entoure à nouveau d'habits de lumières et arôme de la bouse de taureau et albero. C'est Madrid, c'est San Isidro, et j'suis là, je soupire pour une assiette de shabu shabu. Cet homme, il est miraculeux, on l'a déjà dit: s'il n'est pas Bouddha, lui-même, au moins, il est un émissaire fidèle.

jueves, 15 de septiembre de 2016

« Die Berlin-Trilogie »

Feuer in Berlin, Im Sog der dunklen Mächte et Alte Freunde, neue Feinde forment Die Berlin-Trilogie joué par Bernie Gunther, un détective allemand qui vit au Berlin nazi des années trente, avant la guerre. Même s'agissant de « romans de détective », comme Rafael Díaz de Valdemar dirait, qui a été ce qui me les a recommandés, ils sont différents par rapport à toutes celles du genre. Non seulement on a l'intrigue habituelle de découvrir le méchant, mais il nous offre un sens de l'humour rien de fréquent dans ce genre-ci (ils sont très drôles) et, surtout, une rigueur historique impeccable; il réussit à mettre dans l'histoire toutes les instances nazis (Goering, Goebbels, Himmler ou Heydrich) de façon croyable et rien de forcée. Ils ne laissant pas de puits éternel, mais ils sont terriblement divertissants. Idéaux pour la piscine et les transports publics. Maintenant on les a mis dans un seul volume —d'écriture petite, pour tout dire—. Pour des amoureux du genre policier qui cherchent quelque chose de différent ou des nouveaux venus qui veuillent en profiter un bon moment.

« The grapes of wrath »


En pleine dépression américaine, une famille de paysans de l'Oklahoma se voit obligée à abandonner toutes ses terres et propriétés pour chercher de l'abri, de la nourriture et du travail à n'importe quel prix et à n'importe quel endroit. Sous une prémisse tellement simple, une des bijoux littéraires du siècle XX se déroule: elle est touchante tout comme elle crée dépendance, il vous sera absolument impossible d'oublier la jouissance que ce chef-d'œuvre vous fournira. Soixante-dix ans après son écriture et dans le contexte actuel de chômage massif et salaires milleuristes, elle continue à avoir une vigueur dangereusement inquiétante. Si vous êtes au chômage ou la version cinématographique magistrale et édulcorée vous a déjà semblé dure, il peut valoir mieux que vous suspendiez votre lecture pendant quelque temps. Mais dès que les choses vous aillent bien, n'hésitez pas une seconde: achetez-le, volez-le ou allez à la bibliothèque la plus proche et amusez-vous jusqu'au dernier paragraphe, où toute la dureté de la nature se résume. Et faites attention à certaines éditions, elles peuvent vous ruiner l'orgasme. C'est un livre en or, sans nuances. Vous trouverez difficilement quelqu'un qui vous le discute. Et si vous ne voulez pas ou vous ne désirez pas le lire, libre à vous avec votre conscience, mais mémorisez au moins l'ouvrage et l'auteur: c'est une question marron de Trivial Pursuit.

jueves, 8 de septiembre de 2016

Fernando Savater: «Ser malo es mucho más divertido»




Fernando Savater n'a pas besoin de présentation. Il nous reçoit chez lui à Madrid, la maison pleine de ce qu'il aime le plus: les livres et les monstres. D'un ton souriant, il disserte sur l'actualité, les consolations —faibles— de la philosophie, le cinéma actuel et classique, la littérature... Lorsqu'on l'écoute, on a le soupçon ennuyeux que la personne qu'on a en face, elle est beaucoup plus intelligente que soi-même. Une sensation à laquelle on devrait déjà être habitué de trop si on quittait davantage la maison, mais que, dans ce cas, c'est flagrant.

La primera pregunta es obligada: ¿qué le pareció la legalización de Bildu?
El papel de los ciudadanos no es estar de acuerdo con la legalización de Bildu ni con ninguna otra medida de los tribunales. Los tribunales están, precisamente, para acabar con los desacuerdos; funcionan, están ahí, porque los ciudadanos pensamos cosas distintas. Los tribunales están para dirimir ese tipo de cosas; los que somos partidarios de las instituciones y las hemos defendido frente a los etarras y el mundo radical tenemos que aceptar naturalmente los dictámenes. Otra cosa es que luego te preguntes qué va a pasar, cómo nos las vamos a arreglar ahora que pululan por los ayuntamientos. Pero el ciudadano, después de que el árbitro ha pitado el penalti, no debería plantearse pitarle un penalti al árbitro.
¿Qué opina de la ejecución de Bin Laden? Quien se la cuestione, ¿tiene que hacerse mirar la cabeza, según ha dicho Obama?
No sé si tanto como dice Obama, quizá sea exagerado, pero hay que tener cara dura y una falta de conocimiento del mundo real muy notable. Las naciones no están como los ciudadanos sometidos a una ley; están entre sí como los ciudadanos estaban antes de que existiera un estado y una ley entre ellos. Todavía predomina en buena medida la ley del más fuerte. Los países que pueden defenderse, se defienden. Estados Unidos es el país más poderoso del mundo y por lo tanto es una acción de guerra: ha matado al general del ejército enemigo, lo mismo que se habría matado a Hitler si se hubiera bombardeado el búnker en el que se escondía en Berlín... Cuando se dice «hombre, las leyes…» La suposición de un juicio en Estados Unidos a Osama Bin Laden mientras están estallando bombas de sus partidarios en el resto del mundo me parece una imagen escalofriante, así que me alegro mucho de que no lo haya habido. Por lo demás, en un circo no es lo mismo pegarle una patada en la espinilla al forzudo que al enanito. El enanito en este caso somos nosotros, que estamos muy orgullosos de cómo cumplimos las leyes, entre otras razones porque no podemos hacer otra cosa. Al forzudo del circo es más peligroso darle la patada. Bin Laden lo hizo y se ha llevado esta respuesta; en cierta medida es un alivio para el resto del mundo también.
Salman Rushdie decía que «you needn't be a terrorist to get changes and being a terrorist is old-fashioned» en relación a las revueltas del mundo árabe. ¿Está de acuerdo? ¿Al Qaeda está acabada?
Siempre me he opuesto a esa tontería de «la violencia es inútil». No, la violencia es utilísima. En el País Vasco ha hecho posibles cambios enormes y si no hubiera sido por la violencia, la hegemonía nacionalista no hubiera sido la que es. Y, por supuesto, la violencia integrista islámica se ha impuesto en el mundo teniendo como efecto, entre otras cosas, la disminución de nuestras libertades en algunos casos. Es muy bueno ver que los países del norte de África apuestan más por esas vías democráticas, de resistencia pasiva o activa, pero no terrorista. Que el terror lo ponga el dictador, no uno. Es la única forma de llegar a la democracia. En la época de Franco todos los antifranquistas se pusieron muy contentos cuando volaron a Carrero Blanco; yo dije que el que volaba a Carrero Blanco era como Franco pero de otro orden. Nosotros lo que queríamos no era que ganaran otros militares, sino que ganáramos los civiles y esto es lo que ahora está ocurriendo. Quieren que ganen los civiles, no unos señores que sean lo contrario que القَذَّافِي o مبارك, pero en esa misma línea. Ahora bien, el terror es utilísimo, por eso hay que prohibirlo y perseguirlo, porque logra demasiadas cosas.
Se ha llegado a comparar esta cadena de insurrecciones con la caída del Muro de Berlín, ¿es una analogía exagerada?
Probablemente sí, en el sentido de que el muro representaba un poder único, grande, que era el poder del comunismo, la Unión Soviética, que hoy no existe como tal. Pero es verdad que es muy importante; una vez más se vuelve a esa mitología pragmatista y en el fondo hipócrita que hay mucho en Europa cuando se dice «no, ellos no son como nosotros, no quieren las mismas cosas, tienen sus propias tradiciones, a las mujeres les gusta ir tapadas hasta las orejas, a los hombres les gusta pasarse la vida obedeciendo al sultán…». Pues se ve que no; los seres humanos nos parecemos mucho más de lo que nuestros folclores políticos dan a entender. Es una cosa muy sana recordarlo de vez en cuando.
Algunos reprocharon a Zapatero su apoyo al bombardeo de Libia recordando su «no a la guerra» de 2004. ¿Es comparable?
El «no a la guerra» me parece una tontería en 2004 y ahora. Es como decir «no a las operaciones de apendicitis». Hombre, las operaciones de apendicitis se hacen cuando alguien tiene apendicitis. Las guerras llegan en los países democráticos, se supone, cuando hay una amenaza seria a las libertades, a la democracia. Decir «no a la guerra» en general no tiene ningún sentido. La guerra a veces es imprescindible. Ocurre que no es un plato de gusto. Vergonzoso es que Europa haya estado tanto tiempo pasando la mano por el lomo a القَذَّافِي o مبارك y ahora quiera hacerse la justiciera. Es difícil borrar lo mal que uno se ha portado en estos casos. Pero bueno, al menos lograrán ayudar algo a esta pobre gente.
¿Cree que puede ser comparable de alguna manera Libia con Irak?
Es comparable en el sentido de que son dos dictaduras. Ahora se está ayudando a un pueblo que se está rebelando, pero en Irak no había una sublevación popular. De haberse dado el caso habría sido no solo bueno, sino excelente, ayudarles a derrocar a صدام حسين. Pero dio la impresión de que era algo totalmente externo. Ahora no; se está apoyando a unos rebeldes, no se está inventando una rebelión.
En Finlandia ha logrado un gran avance un partido llamado Perussuomalaiset. Su nombre lo dice todo, ¿no?
Claro, eso es el nacionalismo. Hay ciudadanos optimo iure y ciudadanos que no lo son. Es decir, «de verdad somos de aquí los que reunimos estas condiciones. Los demás ya iremos viendo si son humanos, si son medio ciudadanos o no…» Lo terrible de Finlandia, para algunos que hemos defendido tanto la importancia de la educación para acabar con los males políticos, es que es uno de los países que siempre se ponen como modelo de éxito educativo. Que prospere un partido como este indica que es muy importante el conocimiento más o menos técnico, científico, pero que la educación es algo más. Abarca mucho más; podemos crear gente muy educada en especialidades científicas, pero es posible que su idea de comunidad sea nefasta.
Ha habido también un pacto del gobierno con un partido ultraderechista en Dinamarca. ¿Cree que este auge de partidos de extrema derecha son una amenaza real para Europa?


La inmigración es uno de los problemas. Los países que tienen riqueza quieren repartir mientras les sea beneficioso, mientras les sirvan de mano de obra. Cuando les desborda el asunto inmediatamente cesan las contemplaciones. Desgraciadamente Europa está fracasando en tantos aspectos… Lo que demuestra la posición de Dinamarca es que podemos retroceder. No solo que no se avance, podemos perder por ejemplo el Tratado de Schengen.


Animaux, science, philosophie
¿Pueden estar en la biología algunas de las respuestas a las preguntas que plantea la filosofía? El primatólogo Desmond Morris, por ejemplo, dice estudiar a las personas como los zoólogos estudian a los animales. 
Una cosa es la descripción de cómo funciona un ser humano en un sentido fisiológico, zoológico, etológico... La filosofía se pregunta por el sentido de las cosas, no por su funcionamiento. Los biólogos estudian el funcionamiento de las cosas, no su sentido. Un cuadro de Rembrandt, por ejemplo, tiene un peso, unos pigmentos extendidos, pero el sentido del cuadro no es ese. Desde el punto de vista material lo consideraremos útil para la conservación en un sótano, para saber a qué temperatura ha de conservarse. Lo que la ciencia dice del ser humano es el tipo de cosas que son útiles, lo que necesitamos para mantenernos, para sentirnos más cómodos, funcionar mejor y más tiempo...
En el llamado Proyecto Gran Simio para dotar de ciertos derechos a los primates o en el actual debate sobre los toros, en el cual ha participado usted con su reciente libro Tauroética, se habla de que debe haber una frontera moral clara entre humanos y animales.
No se trata de dónde poner la frontera moral, sino que la propia frontera es la moral. Moralidad es distinguir entre los seres humanos y el resto de seres. A un ser humano no lo tratas como a un objeto o como a un animal; sientes una reciprocidad que no se da con los demás seres. Luego hay casos como el Proyecto Gran Simio; los monos se parecen mucho a nosotros y tienen muchos rasgos comunes aunque no haya reciprocidad. Ningún antropoide tiene ningún deber y, por tanto, tampoco tienen derechos. Como se nos parecen les extendemos por antropomorfismo: somos tan antropocéntricos que todo lo que se nos parece un poco lo consideramos humano. Al virus del sida nadie lo considera humano porque no se nos parece. Ese error de los derechos de los animales confirma hasta qué punto la moral es antropocéntrica.
Hace unos años se publicó un libro llamado Plato Not Prozac. ¿Podría ser al revés en muchos casos?
Claro, la filosofía no es un libro de autoayuda; no sirve para salir de dudas, sino para entrar en ellas. Es verdad que la filosofía clásica griega y romana da recomendaciones sobre la vida no en el sentido clínico, higiénico, del término. Buscan una orientación general. Hay cosas que te calman los nervios mejor. Recuerdo un trozo muy bonito en Lettres persanes de Montesquieu. Cartas que supuestamente escribe un persa que está en París y dice: «fíjate, los franceses son rarísimos; cuando tienen un dolor o una angustia como nosotros, ya sabes, tomamos un poco de opio y se nos pasa, ellos cogen a un señor que se llama Seneca y leen tres o cuatro páginas». Evidentemente, leer a Seneca no tiene la misma función que tomar opio. Si te van a operar del riñón, es mejor que tomes cloroformo a que leas a Seneca. Las mentes inteligentes se alimentan de complejidad y lo que dan los filósofos es ese aumento de complejidad que alimenta nuestra mente inteligente. Por supuesto no calman los dolores, no resuelve los problemas, no ayuda a ligar…
Durante el franquismo a usted lo definían en su ficha policial como un «anarquista moderado». ¿Esa etiqueta seguiría siendo válida hoy en día?
No me disgusta porque la combinación, esa especie de oxímoron, me hace gracia. No, el Estado es una necesidad de nuestra condición social, pero es una necesidad que como el dinero o el sexo, por ejemplo, tienden a independizarse de su función y a convertir en esclavitud lo que era camino de libertad. Si el Estado es, lo que decía Spinoza, solamente un garantizador del avance de las libertades, bien, pero probablemente nace con esa idea y poco a poco va convirtiéndose en el ogro filantrópico del que hablaba Octavio Paz. Y ahí ya sí, me vuelvo otra vez anarquista moderado, en el sentido de que hay cosas de las que uno se puede quejar y necesitamos cuidados paliativos de otras, como por ejemplo el Estado, pero eso no significa que lo podamos suprimir.
¿Qué máxima filosófica con el paso de los años le ha ido pareciendo cada vez más cierta?
Quizá la de Spinoza: «homo liber de nulla re minus, quam de morte cogitat, et ejeus sapientia non mortis, sed vitæ meditatio est».
¿Y al revés? ¿Hay algo que siempre hubiera dado por supuesto que ahora esté comenzando a cuestionarse?
Muchas cosas. Mi problema es que siempre me he acercado muy escépticamente a las cosas y, de vez en cuando, alguna me sorprende porque me parece relativamente más cierta de lo que me parecía al principio. Quizá hoy el tono un poco bravucón y arrogante que tiene Nietzsche me aleja un poco de él. También hay que tener en cuenta que la obra de Nietzsche está escrita en su juventud. El tono a veces excesivamente petulante me echa un poco para atrás.
¿Cree que la enfermedad influyó en su filosofía?
No, su enfermedad fue su juventud. Todos estamos enfermos de ser nosotros mismos, de eso no hay quien se cure. Pero yo lo que creo es que quizá habría sido interesante ver cómo escribía Nietzsche con 70 años.
Cinéma et littérrature
Participó en un congreso sobre James Bond, del que dice que «es el héroe del consumo virulento: consume coches, mujeres, tiempo; por eso en aquella época —década de los 60 y 70— nos identificamos con él. Pero este personaje, en la actualidad, "es lo habitual, lo esperado"…».
Es un consumista pero a la vez es héroe, un hombre que se arriesga, que se aventura. En su momento era un personaje moralmente dudoso y hasta escandaloso; hoy nos parece una trivialidad cambiar de coche, tener gadgets de todo tipo para comunicarnos con los vecinos… es nuestra vida cotidiana. Lo complicado hoy en día es que nos logre sorprender James Bond. En el fondo todos somos, sin los riesgos, sin Spectra, sin los peligros, pequeños James Bond en zapatillas. Es curioso, porque es un héroe muy moderno pero quizá ha envejecido más velozmente que otros; estaba basado en algo que ha pasado, el comienzo del tecno-consumismo.
¿Por qué los malos tienen tanto protagonismo en ellas?
Era la época en la que se empezaba a desdibujar la división por la Guerra Fría, sobre todo en las películas; en las novelas todavía estaba más presente. Es decir, la Unión Soviética se empezaba a desvanecer como único enemigo y había que buscar otro. Enemigos que estaban en contra de ambos bandos, depredadores de otro orden como los que ahora son habituales. Hoy buscamos enemigos que quieren trastocar el orden del mundo y que a veces son sobrenaturales: demonios, sectas satánicas… cosas que se salen del orden político. El orden político tradicional por lo que se ve ya no funciona así.
En ese sentido usted ha escrito Malos y malditos, una recopilación de los grandes malvados de la literatura. ¿Por qué nos fascinan tanto?
Bueno solo se puede ser de una manera, pero malo se puede ser de muchas y es más divertido. Sabemos lo que es ser bueno, cumplir unas determinadas reglas, unas determinadas normas… por lo menos el estereotipo de la bondad. En cambio la maldad, las transgresiones, son múltiples, muy variadas. Están más ligadas a nuestros caprichos íntimos. Nuestra conducta recta está basada en las normas establecidas. Los malos, en cambio, siguen caprichos que son mucho más personales, distintos y por ello más divertidos.
Le gusta King Kong, Frankenstein… ¿Le resulta sencillo empatizar con ellos?
Me gustan mucho los monstruos. La idea del que está aislado y se rebela contra ese aislamiento, que busca compañía pero no vulgaridad. Ese personaje me ha gustado mucho siempre, aparte de que soy muy aficionado a la literatura popular, al cine de terror y de aventuras. Esos personajes únicos como Frankenstein o como King Kong, que no hay más, que no hay otro, me tientan especialmente.
Hollywood en los últimos años parece haber descubierto a Πλάτων y a Descartes. Películas tipo The Matrix, The Truman Show o Inception, ¿ayudan a cuestionarnos cosas?
Detrás de la realidad hay otra cosa, es lo que se llama pensamiento. Me hace gracia cuando se habla de «realidad virtual» como si los seres humanos hubiéramos vivido alguna vez fuera de ella; pensar o soñar por las noches es realidad virtual. La filosofía se basa en la distinción entre fenómeno y cosa, el mundo de las ideas platónico. Ahora además estás jugando con la consola al tenis con un señor que no existe. Todo eso favorece que te des cuenta de cómo hemos vivido siempre. Freud, por ejemplo, decía que cuando una pareja discute en una habitación no hay dos personas, hay cuatro. Las dos personas reales y después la idea que cada uno de ellos tiene del otro, que es con la que está discutiendo.
También a menudo se plantean historias de vuelta a la naturaleza, con indígenas viviendo en armonía frente a una civilización depredadora. Avatar, por ejemplo. ¿Qué opinión le merece ese mensaje? ¿Toca alguna fibra profunda en la gente?
Te presentan una tribu perdida en medio del Amazonas y ves a unos señores tatuados desde la coronilla hasta la punta del pie, pintados de diversos colores, que dedican media vida a tomar pócimas extrañas y a bailes. Luego se dice que están en armonía con la naturaleza, cuando yo los veo completamente antinaturales. Están condenados a intentar hacer cosas para que se note que no son naturaleza: «oiga que yo no soy un bicho; me pinto, bailo, canto, hago cosas que no tienen nada que ver con la naturaleza». Los ejemplos más desesperados de querer alejarse de la naturaleza son precisamente los que viven en un entorno que les da pocas posibilidades de zafarse de lo natural. Nosotros hoy, como podemos dormir de día y vivir de noche porque tenemos luz, la sentimos con nostalgia. Se vuelve a hablar de los dioses porque ya no están, de la naturaleza porque ya no está. Esos cariños por los animales porque los hemos derrotado: ya no hay animales feroces, no pueden hacernos daño. Entonces claro, pobrecitos, ahora son víctimas; desde el tigre de Bengala al cocodrilo gigante.
Hablando de Avatar, ¿la vio? ¿Qué le parece el cine en 3D? 
Me pareció malísima, horrorosa. Parece mentira que James Cameron, el mismo que dirigió Aliens, haya hecho una película tan mala, cursi y estéticamente horrorosa. Un pestiño de principio a fin.  Y lo de las tres dimensiones ya se ha intentado varias veces. En tres dimensiones ya vemos siempre; querer acentuar ese efecto… no sé. Me acuerdo que era más divertido cuando tenías las gafas aquellas de dos colores. En San Sebastián, cuando tenía 10 años o así, proyectaron House of wax con Vincent Price; era de las primeras que por entonces se llamaban «en relieve». Decían que te daban mil pesetas si la veías solo en el cine del terror que provocaba. Supongo que no era verdad, porque por mil pesetas habría habido muchos voluntarios para verla… Pero yo no lo veo. Si la película está muy bien hecha para tres dimensiones puede que tenga algún efecto gracioso, pero que Torrente tenga tres dimensiones no suena nada bien.
Próximamente va a estrenarse Atlas Shrugged, adaptación de la gran obra de Ayn Rand e icono del liberalismo. ¿Qué piensa de esta filósofa?
Sí, ya tiene películas como The fountainhead. Era una filósofa de la época del liberalismo heroico. Una superliberal en un sentido de pioneros, héroes, el individuo que lucha contra el universo… tiene un vigor. Es un disparate en el sentido de que supone que los seres humanos, que son sociales, pudieran vivir cada uno como si fuera independiente de los demás. Es bastante difícil de creer. Pero es un sueño, una especia de visión heroica del sueño americano, muy diferente por ejemplo a este mundo que estamos viendo del liberalismo actual; vale la libertad frente a toda norma cuando las cosas van bien, pero cuando empieza la crisis todos los bancos ponen la mano. Ayn Rand hubiera dicho: «all of those destroyed banks, Lehman Brothers, let everything disappear; let whoever survives keep on». En cambio ahora queremos las dos cosas, protección estatal y la libertad para los ratos buenos.
¿Qué distopía le parece más sugerente y define mejor la sociedad actual, Brave new world o 1984?
Una combinación de ambas. En nuestra sociedades hay más rasgos de Brave new world que de 1984. 1984 es más propia de otro tipo de sociedades más autoritarias, aunque hay rasgos de prohibicionismo, esa búsqueda del eufemismo y del cambio del lenguaje: «la paz es la guerra», «las misiones de paz las hacen los soldados»… En general más bien supongo que nos parecemos en parte al mundo feliz, sobre todo en esa especie de infantilización. La idea de que todo el mundo tiene que ir en bicicleta con un chupa-chups en vez de con un cigarro. Sin beber, sin decir malas palabras, cuidando animalitos. Esa tendencia hacia un afeminamiento general de la población, de parecernos no ya a las mujeres reales, que no son así, sino a ese ideal de la mujer decimonónica que está haciendo cositas y preparando el té.
En los últimos años se han puesto de moda las series. ¿Sigue alguna?
A mí me encantó Casablanca; fue una pasión mientras duró o mientras yo la hice durar. Luego me han gustado mucho las policíacas. Algunas no se han visto en España, como Inspector Morse, por ejemplo. También otras como las de Poirot que hizo David Suchet. Y ahora estaba viendo las tres peliculitas del Sherlock Holmes moderno de la BBC. Me fastidian mucho las series basadas en una especie de realismo sucio con un lenguaje que son exclusivamente tacos, crudas como la vida misma, tipo The Wire. Me aburren infinitamente. Todo lo que sea realismo me aburre enormemente.
Siempre ha sido un gran aficionado al género fantástico, ¿qué opina de la eclosión de la temática de zombis y de vampiros de los últimos años? 
Nunca se han ido, siempre han estado por ahí. Pero la hipertrofia cansa un poco; cuando los vampiros se vuelven tan melosos, como hemos visto últimamente, son irreconocibles en su bondad. Pero sí, recuerdo que la primera película que logré ver fue Abbot and Costello meet Frankenstein, con Bela Lugosi. Entonces era rarísimo que una película de estas pudiera verla un niño, tenías que conformarte —que, por otra parte, estaban muy bien— con las de Ray Harryhausen como Simbad.
¿Ha leído Canción de Hielo y Fuego?
No, tampoco la saga de Twilight. Me he quedado en Harry Potter.
¿Y alguna novela de Houellebecq?
Sí, me gustan. Las novelas que le he leído me parecen como un saco de adoquines; salen puntas por los lados, no es una cosa regular, homogénea, pero me han interesado. No con pasión, pero nunca con indiferencia. Y los artículos. Es un personaje que tiene cierta valía, no tanta como él cree, pero tiene valía. Nos pasa a todos.
Usted escribió una biografía novelada divertidísima sobre Voltaire, El jardín de las dudas. ¿Cómo sabe el lector qué partes son ciertas y qué partes inventadas?
Casi todas, quería que en esa novela todo lo que dijera fuera de Voltaire. No se podía hacer porque había que trazar uniones narrativas, pero vamos, yo te diría que el 75 % o el 80 % son literales. Los incidentes biográficos son también reales; varía alguna cosa que cuenta la señora. Pero en general iba a ser una biografía, no tenía la pretensión de ser ficción. Hay muy poca en ella.
¿Es jugar limpio narrar novelas o películas a partir de hechos reales?
No, yo creo que hay que distinguir. En el caso de un personaje histórico… lo que no me gustaría es haber puesto que Voltaire en secreto era muy piadoso y rezaba a la Virgen del Carmen. Puedes salirte un poco en una narración, pero siendo fundamentalmente fiel al personaje y a lo que hizo. No veo qué interés puede haber en decir que yo cuento una cosa de la que me invento la mitad y la otra mitad la leo en el periódico. Me parece una estupidez. Ahora, por ejemplo, estaba leyendo Suite française de Irene Nemirovsky. Es una novela que está contando el impacto en la sociedad francesa de la invasión alemana en el año 40. Todo lo que cuenta está inventado por la señora Nemirovsky, pero por otra parte es una excelente reflexión y recreación del impacto que tuvo esa invasión, los egoísmos y las cosas personales. Pero no se supone que está hablando de una vecina. En literatura cada caso es único. Hay a quien le salen bien cosas que en principio rechazaría, pero de lo que conozco nunca me ha interesado.
Usted ha escrito ensayo, novela, teatro, artículos de opinión… pero creo que nunca ha escrito cuentos pese a ser un gran admirador de Borges y de Chesterton.
Sí, he escrito algunos. Hasta eso he cometido. Tengo algunos cuentos publicados en Ediciones Libertarias y luego también hay un cuento en el primer libro de caballos que escribí: El juego de los caballos.
Si usted fuese Adso en Il nome della rosa, ¿qué camino escogería en la encrucijada final? ¿El de la sabiduría o se quedaría con la chica?
Visto ahora no tiene mérito, porque lo que echo de menos es la chica; la sabiduría ya me aburre. En su momento, si tuviera esa edad, no lo sé. Ahora, desde luego, me divertiría más la chica, seguro.